Sentiment de culpabilité d’intérêt public

 Vous avez probablement tous ressenti un sentiment de culpabilité et de honte d’être de l’espèce humaine tout de suite après la joie d’avoir appuyé play sur la manette du lecteur DVD. Ce n’est pas Spider Man 3 sur votre écran, c’est un message qui ressemble à ceci : Vous ne voleriez pas une voiture… Vous ne pousseriez pas un enfant en bas d’un l’escalier… Vous n’éteindriez pas une cigarette dans vos yeux… Alors, ne téléchargez pas de films sur internet. Ma version semble exagérée, mais le principe est là de lier deux choses qui n’ont aucun lien ensemble pour culpabiliser le spectateur en comparant son comportement à quelque chose de grave. Voici la pub :  Vous avez téléchargé du contenu illégal sur internet? Vous êtes coupable de vol. Ou pire, vous avez envoyé du contenu et y avez donner accès gratuitement à des milliers de personnes? Vous êtes coupable de communisme! Il y a présentement une guerre entre les avocats des plus grandes industries médiatiques et les usagers de l’internet. Des sites de téléchargement se font poursuivre. Des compagnies qui créent des logiciels facilitant le piratage se font poursuivre. Des individus, simple téléchargeurs se font poursuivre. Dans tous les cas, c’est l’industrie qui gagne. L’industrie fait les lois. L’industrie a raison. Prosternez-vous devant l’industrie. Les gens ont échangé des biens depuis toujours. Aux débuts de la télévision, les voisins se regroupaient pour l’écouter chez celui qui venait de se l’acheter. Aujourd’hui, on se trouve un ami qui s’est acheté le dernier Playstation et on squat son salon le plus longtemps possible. Il y a les bibliothèques, les clubs vidéos, les magasins de films, jeux, livres et musique usagés. Les bons chums s’échangent des collections complètes de disques. Pour les moins fortunés, il y a la télé avec le bon vieux vidéo VHS et la radio avec les cassettes vierges. Ce qui se passe aujourd’hui est que les gens ont accès à plus de biens culturels. Au lieu d’avoir 3 amis sur sa rue, on en a 300 sur facebook. Au lieu de partager avec son entourage on partage avec des étrangers sans rien exiger en retour. Vu de cet angle, l’échange de fichier n’est rien de malsain.  Ce que l’industrie dénonce est que d’une part ils font moins de profits et de l’autre c’est l’artiste du bout de la chaîne qui paye le plus puisque c’est lui qui gagne le moins. Dans un monde capitaliste, une compagnie va bien si elle fait plus de profits que l’an dernier. Mais plus de profits doit avoir une fin. Est-ce que moins de profits signifient la fin de l’industrie? Certainement pas. Cela signifie des actionnaires mécontents. Pour ce qui est de la part qui revient à l’artiste, je crois que c’est à l’industrie de s’en charger pas l’internaute. Un changement dans les habitudes de vie d’un peuple nécessite un changement dans les modes de fonctionnement de sa société. Dans le pire des scénarios, l’industrie meurt et le marché devient saturé d’artistes indépendants qui vont se regrouper avec une nouvelle vision réaliste du marché culturel. Mais dans tous les cas, la culture ne peut pas mourir. Dire que l’on tue des artistes est vrai. Dire que l’on tue l’art est de l’imaginaire. Bref, je crois qu’il faut sérieusement revoir la façon de vendre des biens culturels, quitte à tout détruire ce qui existe et reconstruire, plutôt que de poursuivre les gens qui font ce qui est le plus naturel pour eux : se divertir selon leurs moyens. Il ne faut pas oublier que le piratage est aussi une excellente façon de découvrir des œuvres inconnues. Quelqu’un doit acheter les droits de distribution d’un film pour qu’il soit présenté chez nous. La plupart du temps les droits sont déjà acquis, mais celui qui les détient décide pour différentes raisons de ne pas autoriser la diffusion du film. Ce qui laisse des chefs-d’œuvre moisir dans l’ombre. À moins qu’un ordinateur relié à un homologue asiatique vous permette l’accès à cette œuvre. Depuis l’âge de la parole, nous faisons face à notre rôle de consommateur. Heureusement, ici il y a des lois empêchant la diffusion de publicité ciblant les enfants. Mais souvent à cause du conditionnement des parents, les enfants sont quand même face au phénomène d’achat du plaisir. Dans une société capitaliste, consommer est la valeur qui domine, produire venant en second. Or, on exige de vous que vous achetiez des biens avant de vous demander d’être un bon participant à l’épanouissement d’une société où le désir commun à tous est le bonheur. Les médias sont les lieux privilégiés pour passer un message qui se transformera en besoin de consommer. Le piratage est une belle affirmation sociale sur l’écoeurement face au message de capitaliste sur la consommation. C’est cette même doctrine qui a modifié le mot partage pour celui de piratage. Car dans les faits, pour qu’il y ait piratage, il doit y avoir au moins une personne qui décide de partager quelque chose avec d’autres qui l’enverront à d’autres. Donc en définition on parle d’échange ou de partage, pas de vol ou de piratage. Le partage et l’échange sont des méthodes de survie qui font preuve de leur importance autant dans le monde animal que chez les humains, par exemple avec les enfants. Le fonctionnement capitaliste apporte de grands déséquilibres dans le rapport d’échange, où un employé qui par son travail génèrera 20% des revenus à la compagnie, recevra en retour 0,02% de desprofits. Et c’est de là que vient le dégoût pour cette société de consommation, lorsqu’un producteur de biens n’en a pas assez dans sa poche pour se procurer les biens qu’il produit.  La société capitaliste tend à vouloir abrutir les gens en les traitant comme des individus dans facultés intellectuelles. Son bon fonctionnement n’inclut pas la valorisation des multiples formes d’intelligences. La principale qualité d’un individu sera sa facilité à se conformer à un cadre, à des règles, à une tâche. Le fait de faire des études permettra de s’éloigner un peu plus de cette règle dans la mesure où l’individu prend un rôle de décideur dans sa société. Sinon il devra abandonner ses désirs d’améliorer sa société et se contenter de suivre des règles plus ou moins réfléchies pour survivre. Il lui restera toujours l’option de former sa propre société avec un ou une conjointe, un ou des enfants.Bien sûr, n’importe qui ayant déjà fréquenté quelqu’un d’autre affirmera qu’il y a de l’intelligence et du potentiel dans tout le monde. C’est pourquoi l’industrie doit se rendre à l’évidence que les gens de sa société sont capables de choix conscients. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui ils vont aller chercher l’album de Radiohead sur l’ordinateur de leur voisin australien et dépenser sur l’album de Geneviève et Mathieu ou Tricot Machine. Le divertissement est un besoin essentiel à la santé mentale dans notre société, en plus d’être un moyen de stimuler l’intellect et l’imaginaire. Enfin aujourd’hui le consommateur peut choisir d’acheter ou non un bien essentiel. Alors, la solution n’est pas de poursuivre les pirates en justice un après l’autre, mais de revoir le fonctionnement du système capitaliste. L’exploitation (donner beaucoup plus que ce que l’on reçoit pour notre effort) est la base du problème. Autant du côté des artistes que du côté des travailleurs. Dans ses débuts, internet était utilisé par une minorité de cracks qui savaient se débrouiller sans souris, seulement avec du texte blanc sur noir. Il servait déjà au partage de fichiers. C’est pourquoi il a été conçu, c’est pourquoi il existe encore, c’est pourquoi il est partout. L’internet répond à un besoin essentiel à la survie de toute espèce sociale : le partage et l’échange.  Il y a une croyance populaire qui dit que si tu es pauvre, c’est de ta faute. Tu ne vises pas assez haut. Viser plus haut ça peut vouloir dire de changer le monde autour. On ne peut pas discuter avec l’industrie pour la changer. Mais grâce à l’internet ou peut la déchirer et la modeler à nos besoins. J’irais même jusqu’à me risquer à dire que ce qui se passe avec l’échange de fichier envoie un message plus clair et plus fort que tout ce qui a pu se dire par des manifestations dans les rues. Cette fois-ci c’est tout le monde qui est impliqué, pas seulement une minorité de marginaux. Si il était possible de pirater son épicerie, son loyer, son auto, sans aucune conséquence légale, le feriez-vous? Selon moi si cela était possible, la société changerait complètement, les gens prenant un rôle de consommateur actif et non passif. On aurait tous un vrai rôle à jouer dans notre milieu et nous en serions conscients dans chacun de nos choix de consommation. C’est le même phénomène qui se produit lorsque quelqu’un décide d’acheter un film un CD de musique après l’avoir découvert sur internet : un sentiment de satisfaction suite à un choix conscient, un choix qui a du sens, celui d’encourager un artiste. En d’autres mots, chaque dollar représenterait un vrai vote. On peut le dire de nos jours, mais c’est plus philosophique que réel, puisque le vote fonctionne seulement quand la majorité vote dans le même sens. Essayez d’éviter Wal-Mart pour un an, vous verrez qu’il ne s’effondrera pas. Au contraire, vous libèrerez un stationnement pour un autre assoiffé d’économies. Et n’ayez crainte, même si demain les magasins de CD sont vides, il y aura une gang de hippies en train de jouer du tam-tam dans le parc au bout de la rue. Alors cessez de pirater. Téléchargez consciemment. Votez intelligemment. Profitez-en du même coup pour faire un finger à l’industrie qui ne vit que pour elle-même.

~ par Mister Pink le Mercredi 31 octobre 2007.

2 réponses to “Sentiment de culpabilité d’intérêt public”

  1. [...] Mister Pink a finalement brisé le silence, on attendait avec impatience ses commentaires sur le merveilleux monde des médias. Il propose une réflexion très intéressante sur un sujet très chaud : le piratage de fichiers. [...]

  2. Le combat perdure entre l’industrie et l’individu, réclâmant son droit au partage, ou plus précisément à la copie de données. Je crois que le problème en est un de libertés individuelles, et de définission des limites du territoire libertarien. Certes, il demeure important pour l’industrie de ne pas trop empiéter sur le territoire du consommateur, et vice-versa.

    Une vision pouvant être adoptée quant à cet objet de litige est celle de la protection de la vie privée: les individus se faisant poursuivre à la suite d’échange de fichiers ont été illégitimement espionnés. En effet, les autorités sont de nos jour portées à surveiller, et ce, sans permission, les fichiers transmis par certains individus ciblés, un peu à la manière d’un policier entrant dans une résidence privée sans posséder de mandat. Peu importe, parce qu’une telle argumentation n’aurait probablement pas beaucoup de poids face à un jugement au tribunal.

    Dans cette nouvelle ère technologique où le partage de données virtuelles est devenu une réalité accessible à la masse, il serait peut-être nécessaire que les producteurs, ou encore les “géants du marché”), adaptent leur stratégie de vente à cette nouvelle réalité. Il y a vingt ans, il était souvent nécessaire de se rendre au magasin de disques afin de prendre connaissance de la musique d’un artiste, mais plus aujourd’hui: on peut simplement la télécharger en ligne. La situation peut être comparée à l’époque où le marchand de glace s’est mis à perdre des profits suite à l’accessibilité grandissante des congélateurs, utilisant la métaphore des administrateurs de la Baie des Pirates: http://news.bbc.co.uk/1/hi/programmes/click_online/7120845.stm

    Dans une même optique, l’artiste américain 50 Cent a récemment affirmé son opinion sur le sujet d’attention toujours grandissante: l’industrie devrait décidément s’adapter au statu quo: http://torrentfreak.com/50cent-file-sharing-doesnt-hurt-the-artists-071208/

    Mais, si certaines études se révèlent véridiques, le piratage n’est peut-être pas dommageable pour tous les producteurs: http://torrentfreak.com/piracy-boosts-cd-sales-071103/

    En d’autres mots, le piratage pourrait dans certains cas être un outil de promotion bénéficiant les producteurs: http://torrentfreak.com/producer-thanks-pirates-for-stealing-his-film-071113/

    À propos de la force absolue de l’industrie, j’ai quelques doutes. En tous cas, dans l’état actuel des choses, l’industrie ne gagne pas “dans tous les cas”. Voici un exemple légal tiré du site de la Baie des Pirates, favorisant l’échange de fichiers et symbolisant “la résistance contre les actions des majors d’Hollywood et une certaine réforme des droits d’auteur.” (Wikipedia): http://thepiratebay.org/legal

    De plus, la “Pirate Bay” travaille présentement dans une direction d’innovation technologique, afin d’assurer la survie de la communauté mondiale de partage: http://torrentfreak.com/the-hydra-project-071203/

    Il est également pertinent de noter que lorsque les autorités, ou encore Hollywood (comprenant la MPAA (Motion Picture Association of America) et la RIAA (Recording Industry Association of America)) entreprend des actions dans le but de fermer un site promouvant le partage de fichiers à droits réservés, et réussit, les membres du site fermé se déplacent vers d’autres sites, ayant vu le jour afin de combler le vide ainsi crée. Une métaphore souvent utilisée pour représenter le phénomène de la lutte sans succès de l’industrie, qui mènera possiblement à son propre désespoir, est celle de l’”Hydra”. En effet, c’est d’une façon similaire à la légende de l’Hydre de Lerne, voulant qu’en tranchant une des nombreuses têtes de ladite créature, l’hydre se regénère en montrant deux nouvelles têtes repousser à l’endroit de la précédente, que certains partis pirates croient que les géants du marché ne font que perdre leur temps, et devraient plutôt regrouper leur énergie à s’adapter aux nouvelles conditions du marché et ainsi créer un nouveau paradigme de consommation.

    Finalement, j’aimerais “partager” avec les lecteurs un tout petit clip sur YouTube, s’intitulant “Sharing is caring”: http://www.youtube.com/watch?v=orEhUEcxHeY

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